4. LE MERINOS D'ARLES.

La race mérinos d'Arles compose la quasi totalité des troupeaux de Crau. Elle provient du croisement continu de l'ancienne race du pays d'Arles, la race cravenne rustique et possédant une laine assez grossière et rèche, avec le mérinos d'Espagne. Celui-ci fut importé à la fin du 18ème siècle afin d'améliorer la qualité des laines de France.

Du croisement entre le mérinos d'Espagne et la race cravenne provient le terme de métisse, encore employé aujourd'hui par les éleveurs de Crau pour désigner cette race qui a pourtant des caractères fixés depuis un siècle.

Avec la sélection effectuée en vue de la production de viande, l'amélioration de l'alimentation et de l'hygiène, la diminution de parcours à effectuer à pied, la population ovine a acquis du gabarit et de l'homogénéité. Différentes sortes de croisements ont été effectuées depuis afin d'améliorer la conformation de la race en particulier avec des béliers mérinos du Châtillonais. Certaines marques conservent toutefois des caractéristiques propres chères à leurs propriétaires.

La race mérinos d'Arles porte cette appellation depuis le syndicat des éleveurs du mérinos d'Arles en 1921. En 1939 est fondé le domaine du Merle, centre officiel du ministère de l'agriculture qui insufla un dynamisme nouveau dont témoigne en 1946 la mise en place d'un flock-book puis en 1978 la création d'une UPRA (Union de Promotion de la Race).

L'animal peut être caractérisé comme cela:

  • La tête est large, munie ou non chez le mâle de grandes cornes, les banes. Celles-ci sont fortes à surface finement striée, enroulées régulièrement en spirale et de section triangulaire. Les béliers qui en sont dépourvus sont dénommés motis, par opposition aux banards. Les femelles sont en principe dépourvues de cornes, mais quelques unes présentent aussi des cornes de petite taille et sont alors dénommées banettes.
  • Le front est large et à face courte, le nez est gros.
  • Le chanfrein est légèrement busqué, présentant chez le mâle un ou plusieurs replis de peau caractéristiques au-dessus des naseaux.
  • La laine est de couleur blanche, homogène, avec une toison très étendue et épaisse, qui recouvre le front et les bajoues, le ventre, les testicules et les membres jusqu'aux sabots. La tête est coiffée un peu au-dessous des yeux. Les mèches sont très fines, souples, résistantes et fortement ondulées, aussi longues que possible. La finesse moyenne et de 19 à 22 microns. Le poids moyen des toisons est de 2,5 kg pour les brebis, 5,5 kg pour les béliers.
  • Les membres sont vigoureux, gros, assez hauts, aux aplombs réguliers.
  • Le poids varie de 45 à 55 kg pour les brebis, 75 à 85 kg pour les béliers.
  • La taille est de 55 à 70 cm pour les femelles et de 60 à 80 cm pour les mâles.

    Les brebis sont de médiocres laitières au point que le programme de sélection a choisi ce critère comme premier objectif de l'amélioration génétique.

    En ce qui concerne la prolificité de la race, il faut savoir que l'aptitude des mères à avoir des jumeaux est faible. Les brebis mettent au monde en moyenne 1,2 agneau par mise bas. Cependant dans des conditions d'élevage plus favorables, en particulier avec un régime alimentaire plus adéquat, elles sont capables d'améliorer leur performance.

    En 1932 le syndicat du mérinos d'Arles définissait ainsi lescaractères physiologiques de la race mérinos d'Arles: " Mouton résistant, vigoureux, bon marcheur, absolument remarquable sur le point de vue de la rusticité et de la sobriété". Sa grande rusticité n'est pas une légende et en fait une brebie remarquablement adaptée à la transhumance. Résistante, elle est capable de marcher sur de longues distances pour trouver sa nourriture, que ce soit en alpages, dans les collines et sur les coussouls dont elle est la reine incontestée. Cette brebis supporte assez bien la fatigue liée au trajet en camion au retour d'estive, à quelques jours de la parturition (mise bas). Comme pour toutes les races rustiques méditerranéennes, les brebis Mérinos d'Arles sont aussi capables de supporter des variations qualitatives et quantitatives de leur ration quotidienne. C'est une brebis qui fait l'accordéon en jouant sur la mobilisation de ses réserves corporelles de gras à certaines périodes de l'année, en particulier entre la fin de l'hiver et la mi-avril. Ces réserves se reconstituent ensuite au printemps ,où sera disponible la repousse fourragère, et en début d'estive.

    Il n'existe toutefois pratiquement plus de souche de petites métisses en Crau. Depuis que l'élevage s'est orienté vers la production d'agneaux, les éleveurs ne font plus rustiquer comme avant et ont amélioré le gabarit global des animaux.

    La finesse et l'étendue de la toison mérinos représentent un barrage naturel contre les agressions climatiques en montagne mais aussi durant la saison d'hivernage en Crau: longues stations sous la pluie à l'automne, coups de mistral glacé en hiver et périodes de canicules avant le départ en estive. Certains éleveurs alpins ont ainsi actuellement tendance à mériniser leur troupeau, voire à remplacer leurs brebis de race Préalpes ou Commune, par des Mérinos d'Arles afin de favoriser la transhumance de leur cheptel ou une sortie en pâturage plus précoce en fin d'hiver.

    La qualité de la laine peut être considèrée comme le baromètre de l'état général du troupeau. La résistance de la mèche est en effet fonction de l'alimentation et de l'état sanitaire des animaux. Son aptitude à entrer en gestation pendant toutes les saisons de l'année (dessaisonnement) est largement utilisée dans les élevages.

    Cette brebis possède aussi un instinct grégaire prononcé qui facilite le gardiennage traditionnel encore très présent.

    Le nombre d'animaux de race Mérinos d'Arles est aujourd'hui estimé à 300 000 individus dont près du 1/3 appartient à des élevages cravens, berceau de la race. Les programmes de sélection tournent d'abord autour de la qualité maternelle des mères, la valeur laitière mesurée en fonction de la croissance des agneaux jusqu'au 30ème jour. Cependant, l'amélioration de la conformation des animaux et de la qualité de la laine sont toujours à l'ordre du jour. Les programmes de recherches scientifiques réalisés au domaine du Merle visent à améliorer la fécondité de la race par l'introduction d'un gène majeur de prolificité découvert en Australie en 1980 sur des Mérinos Australiens.

    Enfin, il faut savoir que la race Mérinos d'Arles est idéale pour obtenir des agneaux de croisement. Par exemple, à l'heure actuelle, certains éleveurs croisent la race Île de France avec des Mérinos d'Arles, ce qui permet d'obtenir des bêtes de meilleur gabarit destinées à la production de viande.